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Entrevue : Nicolas Turcotte, Ville de Montréal (Québec)

Photo Nicholas Turcotte

Montréal a souvent été citée comme exemple en matière de développement durable et de lutte contre les changements climatiques. La Ville a gagné de nombreux prix pour ses initiatives, dont le Prix des collectivités durables de la FCM pour le programme Fonds Énergie.

Nous nous sommes entretenus avec Nicolas Turcotte, agent de recherche pour le Fonds Énergie de la Ville de Montréal afin d'en apprendre davantage sur ce programme d'avant-garde.

FCM : En 2007, la Ville de Montréal s'est engagée à devenir une collectivité durable en adoptant un plan d'action intitulé Pour préserver le climat. Quels ont été les principaux facteurs ayant mené à cette décision?

Nicolas Turcotte : Les principaux facteurs qui ont mené la Ville de Montréal à devenir une collectivité durable ont été, tout d'abord, de préserver notre climat, ensuite d'orienter la collectivité vers des énergies et des choix verts et finalement d'assurer un milieu de vie sain et durable à chaque citoyen de la ville.

Pour ce faire, le plan d'action corporatif, Pour préserver le climat, est un premier pas vers l'acquisition de l'expertise et de la sensibilisation interne qui nous mènera sur le chemin d'une collectivité viable, d'une collectivité dont le développement sera un jour assuré par des énergies renouvelables. En agissant de la sorte et en proposant des actions précises pour les différents services administratifs, Montréal assume un leadership en ce qui concerne les solutions à mettre de l'avant pour un développement durable. Elle espère également que son initiative trouvera écho auprès de la collectivité montréalaise afin que celle-ci s'engage à son tour à agir concrètement pour réduire les gaz à effet de serre.

FCM : Quelles ont été les difficultés rencontrées en vue d'amener la Ville à suivre cette voie?

Nicolas Turcotte : La première difficulté rencontrée fut sans aucun doute, le changement de comportement de chacun des acteurs dans la Ville. En effet, la lutte contre les changements climatiques se fait principalement par le changement de comportement des individus. À titre d'exemple, une campagne contre le ralenti inutile fut instaurée afin que chaque conducteur de véhicule de la Ville évite de faire tourner le moteur inutilement lorsqu'il est à l'arrêt. Cette simple action de couper le moteur permet de réduire la quantité de gaz à effet de serre émise en plus d'engendrer des économies de carburant pour la Ville.

La deuxième difficulté fut de convaincre les acteurs de la Ville que la lutte contre les changements climatiques n'était pas seulement une lutte visant la réduction des gaz à effet de serre mais qu'elle pouvait aussi être une formidable occasion de mieux faire les projets, de rendre les infrastructures plus performantes et ainsi d'offrir un meilleur service aux citoyens de la ville de Montréal.

FCM : Expliquez-nous en quoi consiste le programme Fonds Énergie créé en 2008.

Nicolas Turcotte : Le Fonds Énergie finance des projets d'efficacité énergétique réalisés par les services municipaux et les arrondissements de la ville de Montréal. Le Fonds Énergie permet de surmonter les obstacles à l'investissement en offrant des prêts sans intérêt, d'encourager les économies d'énergie et de respecter les engagements de Montréal à réduire les émissions de CO2.

Le remboursement du prêt se fait sur la base des économies générées par les projets. Au terme du remboursement, l'économie d'énergie appartient à l'unité d'affaire qui l'a générée.

FCM : Quelles ont été les étapes de la réalisation de ce programme?

Nicolas Turcotte : La première étape fut une résolution du comité exécutif afin que le programme puisse prendre vie. Ensuite, la Ville a dégagé un espace budgétaire de trois millions de dollars, comme mise de fonds au programme et qui se renouvelle annuellement. Finalement, depuis sa création, le fond a permis de financer des dizaines de projets immobiliers et ainsi de réduire de plus de 3000 tonnes d'équivalents CO2 les émissions de gaz à effet de serre de la Ville de Montréal.

FCM : Quels ont été les coûts du programme?

Nicolas Turcotte : Le Fonds Énergie de la Ville de Montréal fonctionne comme une banque interne avec une enveloppe budgétaire initiale de trois millions de dollars. Il s'autofinance au fil des ans par les économies qu'il génère.

FCM : En quoi ce projet est-il unique au Québec et au Canada?

Nicolas Turcotte : Le Fonds Énergie fut créé pour améliorer la rentabilité énergétique du parc immobilier de la Ville et pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la Ville. Cette orientation donne au Fonds Énergie une approche unique et il est un outil très performant dans la lutte contre les gaz à effet de serre. En ce sens, il est le plus gros fond municipal du Québec et l'un des plus importants au Canada visant ces objectifs.

FCM : Quels ont été les obstacles rencontrés dans la réalisation de ce projet et comment les avez-vous surmontés?

Nicolas Turcotte : La création du Fonds Énergie n'a pas rencontré d'obstacle majeur. En effet, l'initiative de créer le Fonds Énergie provenait de plusieurs intervenants qui ont su travailler ensemble afin d'assurer la réussite du projet.

FCM : D'après votre expérience, sur qui doit-on compter dans une telle entreprise?

Nicolas Turcotte : Il est certain qu'un projet couronné de succès, tel que le Fonds Énergie, ne se réalise pas en silo. Plusieurs partenaires à l'intérieur de la Ville de Montréal ont contribué à sa réussite. Que ce soit les employés des directions de l'Environnement et du développement durable, des Immeubles, ainsi que du Service des finances, chacun des partenaires a su croire au projet et le faire cheminer.

FCM : Quelles sont les leçons apprises de la mise en œuvre d'un tel programme?
En quoi ont-elles influencé d'autres activités offertes dans votre collectivité?

Nicolas Turcotte : La première leçon apprise est qu'il faut inclure tous les partenaires importants très tôt au début du projet afin que chaque partenaire devienne un porte-étendard du projet. La deuxième leçon apprise est que les projets de lutte contre les changements climatiques sont en fait une lutte pour changer certains comportements humains. Il faut donc savoir convaincre que de nouvelles façons de faire, que de nouveaux choix sont possibles afin d'améliorer l'efficacité énergétique de nos bâtiments, et ainsi de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Ces nouvelles façons de faire dicteront alors les choix pour d'autres secteurs d'activité de la Ville.

FCM : Quels avantages peuvent tirer les municipalités en mettant en œuvre un tel programme?

Nicolas Turcotte : Les avantages d'un tel Fonds sont indéniables. La Ville de Montréal a su réaliser d'importantes économies d'énergie grâce à ce Fonds, tout en réalisant ses objectifs en termes de réduction de gaz à effet de serre. Au bout du compte, ce sont les citoyens de la Ville qui ont bénéficié d'infrastructures plus vertes et plus performantes.

FCM : Quels conseils pourriez-vous donner à d'autres municipalités qui désirent créer un programme similaire?

Nicolas Turcotte : Il faut que la municipalité qui désire créer un programme similaire soit prête à investir temps et argent dans un projet avec tous ses partenaires. La municipalité doit aussi être désireuse de réduire ses émissions de gaz à effet de serre tout en améliorant globalement la qualité de vie de ses citoyens.

FCM : Qu'est-ce qui vous motive à poursuivre vos efforts dans le domaine du développement durable?

Nicolas Turcotte : Le développement durable est la voie de l'avenir pour créer une communauté prospère et viable. Le développement durable est l'intégration des aspects économiques, sociaux et environnementaux dans chacun de nos choix et dans chacun de nos comportements. Le développement durable nous permettra de développer une économie plus verte, orientée vers l'avenir et qui saura perdurer pour les citoyens futurs.

Mise à jour: 23/12/2011